Une rentrée sous haute tension psychologique
La reprise de septembre ne se résume pas à un pic d'activité opérationnelle. Elle constitue, pour de nombreux services RH, un moment de révélation des fragilités accumulées tout au long de l'année. C'est ce que confirme une étude publiée fin juillet 2026 par Reversens, cabinet de psychologues spécialisé dans les enquêtes éthiques, menée auprès de 4 205 actifs en France, dont 1 002 professionnels RH.
Résultat saillant : 61 % des professionnels RH observent une hausse des signalements liés au mal-être au retour des vacances, et près d'un quart (23 %) font état d'une augmentation particulièrement marquée. Cette recrudescence intervient surtout après une quinzaine de jours d'absence — seuil cité par 49 % des répondants — comme si la coupure effective offrait enfin le recul nécessaire pour nommer ce qui ne va pas.
Des signalements qui vont au-delà de la fatigue ordinaire
Les typologies de signalements recensés dépassent largement le simple coup de blues post-estival. Les professionnels RH identifient :
- Épuisement et démotivation dans 59 % des cas signalés ;
- Surcharge de travail pour 55 % des situations remontées ;
- Faits susceptibles de relever du harcèlement moral selon 32 % des RH interrogés ;
- Situations évoquant un harcèlement sexuel ou des agissements sexistes pour 11 % d'entre eux.
Ces derniers chiffres rappellent que les employeurs ont des obligations légales précises. L'article L. 1152-4 du Code du travail impose à tout employeur de prendre les mesures nécessaires pour prévenir les faits de harcèlement moral. La loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel a par ailleurs renforcé les obligations de formation des référents harcèlement désignés dans les entreprises d'au moins 250 salariés.
Le révélateur des congés : un phénomène documenté
L'un des enseignements les plus structurants de cette étude réside dans la fonction « révélatrice » des vacances. 71 % des professionnels RH estiment que les congés permettent aux salariés de prendre conscience qu'une situation professionnelle n'est pas normale. Ce constat est corroboré par les salariés eux-mêmes : 30 % de ceux ayant déjà signalé un harcèlement disent avoir eu cette prise de conscience pendant leurs congés, contre seulement 11 % des autres.
Ce phénomène de mise à distance cognitive est bien documenté en psychologie du travail. Il rejoint les travaux sur la récupération psychologique et les effets du détachement mental — concept introduit par Sabine Sonnentag — qui montrent que la déconnexion effective favorise la clarification des perceptions sur son environnement professionnel.
Implications directes pour les organismes de formation et les CFA
Pour les acteurs de la formation professionnelle, ces données appellent une lecture à deux niveaux.
Au niveau interne : gérer ses propres équipes
Les dirigeants d'organismes de formation (OF) et de CFA sont eux-mêmes des employeurs soumis aux mêmes dynamiques. La rentrée de septembre coïncide souvent avec une montée en charge soudaine des activités pédagogiques. Combinée à des tensions accumulées en fin d'année scolaire et à la précarité structurelle de certains formateurs, cette période peut concentrer des risques psychosociaux (RPS) spécifiques.
- Mettre en place ou actualiser le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP), conformément aux dispositions de l'article R. 4121-1 du Code du travail ;
- Désigner un référent harcèlement et lui assurer une formation adaptée dès le seuil de 250 salariés ;
- Prévoir un temps d'échange collectif à la reprise pour identifier les situations de surcharge ou de tension.
Au niveau de l'offre de formation : une opportunité de marché
La demande en formations liées à la qualité de vie et aux conditions de travail (QVCT) — notion consacrée par l'accord national interprofessionnel du 9 décembre 2020 et renforcée par la loi Santé au travail du 2 août 2021 — n'a jamais été aussi forte. Les OF disposent d'une opportunité réelle pour structurer des parcours certifiants ou de sensibilisation autour :
- De la prévention des RPS et du harcèlement ;
- Du management bienveillant et de la détection des signaux faibles ;
- De la conduite des entretiens de reprise après absence ;
- Des obligations légales des référents harcèlement en entreprise.
Recommandations pratiques
À l'attention des responsables RH, dirigeants d'OF et consultants en organisation, voici les actions prioritaires à envisager à l'approche de la rentrée :
- Anticiper les entretiens de reprise : prévoir un échange individuel court mais structuré avec chaque collaborateur dans les premières semaines de septembre.
- Former les managers à la détection des signaux faibles : le management de proximité reste la première ligne de prévention des RPS.
- Communiquer sur les voies de signalement : l'étude révèle que 16 % des salariés concernés ne savent pas à qui s'adresser — un échec d'information préventive facilement corrigible.
- Intégrer la QVCT dans les plans de développement des compétences : les formations éligibles au CPF ou finançables sur le plan de développement des compétences sont disponibles et nombreuses.
- Réviser les dispositifs d'alerte interne, notamment à la lumière de la loi Waserman du 21 mars 2022 transposant la directive européenne sur les lanceurs d'alerte.
Points clés à retenir
- 61 % des professionnels RH constatent davantage d'alertes liées au mal-être à la rentrée de septembre.
- Les signalements touchent l'épuisement, la surcharge, mais aussi des faits potentiellement constitutifs de harcèlement.
- Les vacances jouent un rôle de révélateur psychologique : 71 % des RH confirment que les congés permettent aux salariés de prendre conscience de situations anormales.
- Les OF et CFA ont une double responsabilité : gérer leurs propres RPS internes et développer une offre de formation QVCT adaptée aux besoins croissants du marché.
- La rentrée de septembre constitue un moment stratégique d'observation et d'intervention préventive pour tous les acteurs RH.