Un rendez-vous institutionnel au cœur des politiques d'emploi et de formation
L'agenda du Ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités fait régulièrement apparaître des figures issues du monde économique et industriel. La mention de Jean-Pierre Farandou, ancien PDG de la SNCF et figure reconnue du dialogue social français, dans ce cadre institutionnel interpelle directement les acteurs de la formation professionnelle. Ces rencontres au sommet, même lorsqu'elles ne donnent pas lieu à des communiqués officiels détaillés, témoignent des arbitrages en cours sur des sujets structurants : compétences, alternance, reconversion et financement de la formation.
Dans un contexte où le gouvernement cherche à rationaliser les dépenses liées au Compte Personnel de Formation (CPF) et à recentrer les politiques publiques sur l'emploi durable, chaque concertation avec les grands acteurs économiques peut avoir des répercussions directes sur les organismes de formation, les CFA et les formateurs indépendants.
Formation professionnelle et grands groupes : une relation stratégique à consolider
Les grandes entreprises françaises, dont la SNCF, sont des acteurs majeurs du financement et de la mise en œuvre de la formation professionnelle continue. En vertu de la loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, les entreprises de plus de 50 salariés contribuent à hauteur de 1 % de leur masse salariale au financement de la formation via la contribution unique à la formation professionnelle et à l'alternance (CUFPA).
Pour les CFA et les organismes de formation qui travaillent avec de grands groupes industriels ou de services, ces dynamiques institutionnelles ont des conséquences concrètes :
- L'évolution des plans de développement des compétences dans les grandes entreprises
- Les arbitrages sur le recours à l'apprentissage comme levier de recrutement
- La définition des priorités sectorielles en matière de certification professionnelle
- L'orientation des fonds des opérateurs de compétences (OPCO) vers certains secteurs ou publics
Les enjeux actuels de la réforme de la formation professionnelle
Le calendrier politique de 2025-2026 est particulièrement chargé pour le secteur. Plusieurs chantiers sont en cours ou récemment aboutis :
La réforme du CPF et la régulation de l'offre de formation
Le décret n° 2023-1275 du 27 décembre 2023 a instauré un reste à charge de 100 euros pour les titulaires du CPF souhaitant financer une formation, sauf exceptions prévues pour les demandeurs d'emploi. Cette mesure, confirmée par le Conseil d'État, a profondément modifié les comportements des bénéficiaires et contraint de nombreux organismes de formation à revoir leur modèle économique.
La montée en puissance de France Travail
La loi n° 2023-1196 du 18 décembre 2023 portant création de France Travail redéfinit les modalités d'accompagnement des demandeurs d'emploi, avec un accent mis sur le retour à l'emploi rapide et la formation ciblée. Pour les OF référencés sur des dispositifs publics, cette réforme implique une adaptation des offres aux nouvelles exigences de l'opérateur.
L'alternance comme priorité nationale
Avec plus de 980 000 contrats d'apprentissage signés en 2023, l'alternance reste un axe majeur des politiques d'emploi. Les rencontres entre hauts fonctionnaires et dirigeants de grands groupes contribuent souvent à définir les besoins en compétences émergentes et à orienter les certifications reconnues au Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP).
Ce que les professionnels de la formation doivent surveiller
Pour les dirigeants d'organismes de formation, les formateurs indépendants et les responsables RH, plusieurs signaux méritent une attention particulière dans les mois à venir :
- Les arbitrages budgétaires de France Compétences : l'organisme quadripartite continue de piloter les équilibres financiers du système, avec des tensions persistantes sur le fonds général de la formation professionnelle
- L'évolution des critères Qualiopi : le référentiel national qualité, dont l'audit de révision est prévu périodiquement, pourrait intégrer de nouvelles exigences liées à l'impact emploi des formations
- Les négociations de branches professionnelles : plusieurs accords de branche en cours de renégociation incluent des volets formation qui redéfinissent les priorités des OPCO
- La digitalisation des parcours : les investissements publics dans la formation à distance et les outils numériques restent un levier majeur d'accès à la formation pour les actifs isolés ou en zones rurales
À retenir : Les interactions entre les sphères économique et politique, même lorsqu'elles ne donnent pas lieu à des annonces formelles immédiates, façonnent progressivement le cadre réglementaire et financier dans lequel évoluent quotidiennement les acteurs de la formation professionnelle.
Points clés à retenir pour les acteurs de la formation
- Les agendas ministériels reflètent les priorités politiques en matière d'emploi et de compétences
- La loi du 5 septembre 2018 reste le socle de l'architecture actuelle du financement de la formation
- Le reste à charge CPF (décret du 27 décembre 2023) continue de remodeler le marché de la formation continue
- France Travail (loi du 18 décembre 2023) redéfinit les partenariats entre OF et services publics de l'emploi
- L'alternance et la certification professionnelle demeurent des leviers prioritaires des politiques publiques
- Les OF certifiés Qualiopi doivent maintenir une veille active sur les évolutions réglementaires et institutionnelles
Dans un environnement en constante mutation, la capacité des professionnels de la formation à anticiper les orientations politiques et économiques constitue un avantage compétitif décisif. Suivre les signaux faibles issus des agendas institutionnels fait partie intégrante d'une veille stratégique efficace.