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IA et créativité RH : repenser le système plutôt qu'innover dedans

Lobna Calleja Ben Hassine plaide pour une créativité augmentée par l'IA en RH, face à 8 % d'engagement salarié en France. Analyse et recommandations.

IA et créativité RH : repenser le système plutôt qu'innover dedans
7 septembre 20265 min de lecturePar Rédaction ActuFormation

Un constat alarmant qui interpelle la formation professionnelle

Les chiffres sont difficilement ignorables. Selon le Baromètre 2026 des Editions Tissot et Payfit, 81 % des professionnels RH déclarent se trouver en situation d'épuisement professionnel. Dans le même temps, l'édition 2026 du Gallup State of the Global Workplace révèle que seuls 8 % des salariés français se disent engagés dans leur travail — l'un des taux les plus bas d'Europe. Ces deux statistiques, mises en regard, dressent le portrait d'une fonction RH surinvestie pour des résultats qui peinent à se matérialiser sur le terrain.

C'est à partir de ce diagnostic que Lobna Calleja Ben Hassine, DRH expérimentée reconvertie en formatrice et conférencière spécialisée en intelligence artificielle, publie sur FocusRH une tribune qui mérite l'attention des acteurs de la formation professionnelle. Sa thèse centrale : nous avons trop innové dans le système existant, sans jamais remettre ce système en question. Il s'agirait désormais de mobiliser la créativité augmentée par l'IA pour repenser les modèles organisationnels depuis leur fondation.

Innovation vs créativité : une distinction que la formation doit s'approprier

L'auteure opère une distinction conceptuelle utile, trop rarement formulée dans les catalogues de formation : l'innovation consiste à concrétiser des idées au sein d'un cadre préexistant, tandis que la créativité implique de changer de lunette pour poser différemment le problème lui-même. En formation professionnelle, cette nuance est fondamentale. Beaucoup d'organismes de formation proposent des modules sur la gestion du stress, la cohésion d'équipe ou le management bienveillant — autant de réponses à des symptômes — sans jamais interroger les causes structurelles qui génèrent ces symptômes.

Lobna Calleja Ben Hassine s'appuie sur le modèle FourSight du psychologue Gérard Puccio pour démontrer que la créativité n'est pas l'apanage d'une minorité de « profils créatifs ». Ce modèle identifie quatre modes de pensée complémentaires :

  • Le Clarificateur : il analyse et reformule le problème réel ;
  • L'Idéateur : il explore les possibles sans autocensure ;
  • Le Développeur : il évalue et affine les idées pour les rendre viables ;
  • L'Implémenteur : il passe à l'action et concrétise la solution.

Pour les formateurs et responsables pédagogiques, ce cadre offre une grille de lecture directement transposable dans la conception de parcours de formation orientés résolution de problèmes complexes.

L'exemple Keolis : quand le pas de côté change tout

La tribune cite le cas de Keolis, opérateur de transport confronté à des problématiques chroniques d'attraction, de rétention et d'absentéisme. Plutôt que d'investir dans la marque employeur — réponse classique et souvent coûteuse —, l'entreprise a posé une question différente : et si nous construisions les plannings autrement, en intégrant les contraintes et souhaits des chauffeurs de bus ? Ce changement de perspective, apparemment simple, illustre ce que l'auteure nomme la créativité opérationnelle : non pas une révolution technologique, mais un déplacement du regard sur l'origine du problème.

Pour les organismes de formation, cet exemple résonne directement. Combien de formations sur la fidélisation des talents sont dispensées chaque année, sans que les commanditaires n'interrogent l'organisation du travail elle-même ? Le marché de la formation continue se structure souvent autour de la demande exprimée — le symptôme — plutôt qu'autour de la demande réelle — la cause.

L'IA comme levier de faisabilité, pas comme solution miracle

La position de Lobna Calleja Ben Hassine sur l'IA est nuancée et mérite d'être soulignée : « Mettre de l'IA dans des process fatigués ne résoudra pas le problème. En revanche, repenser le process en intégrant de l'IA, là, on passe un cap. » Cette formulation s'adresse directement aux organismes de formation qui intègrent des outils d'IA générative dans leurs dispositifs existants sans revoir leur ingénierie pédagogique de fond en comble.

L'IA réduit considérablement les freins technologiques qui conduisaient autrefois à abandonner des idées jugées trop complexes à mettre en œuvre. Elle ne remplace pas la phase créative — la reformulation du problème, l'idéation, l'exploration des possibles — mais elle en décuple la capacité d'implémentation. C'est une distinction que les responsables de formation et les CFA engagés dans la transformation digitale de leurs offres doivent intégrer dans leur stratégie.

Recommandations pratiques pour les acteurs de la formation

Au regard de cette analyse, plusieurs pistes concrètes se dégagent pour les organismes de formation, CFA et responsables formation en entreprise :

  1. Auditer les causes avant de former aux symptômes : avant de proposer une formation sur la gestion du stress ou le management, interroger l'organisation du travail qui les génère ;
  2. Intégrer le modèle FourSight ou des approches équivalentes dans les modules de développement des compétences managériales et RH, pour ancrer la créativité comme compétence professionnelle transversale ;
  3. Repenser l'ingénierie pédagogique avec l'IA, et non simplement automatiser les contenus existants : l'IA doit servir à inventer de nouveaux formats d'apprentissage adaptés aux contraintes réelles des apprenants ;
  4. Former les équipes RH et managériales à la distinction innovation/créativité, afin de sortir du réflexe du « plus de la même chose » face aux problèmes récurrents ;
  5. Mesurer l'engagement à la source : les indicateurs Gallup et Tissot/Payfit cités dans la tribune peuvent servir de socles de diagnostic pour les responsables formation qui souhaitent argumenter leurs investissements auprès des directions.

Points clés à retenir

  • 81 % des professionnels RH en épuisement et 8 % de salariés engagés en France (données 2026) : un écart systémique qui appelle une réponse structurelle, pas seulement des formations curatives.
  • La créativité — au sens du modèle FourSight de Gérard Puccio — est une compétence universelle, mobilisable dans toutes les fonctions de l'entreprise.
  • L'IA ne résout pas les mauvais problèmes : elle démultiplie la capacité à mettre en œuvre des solutions créatives, à condition que la phase de reformulation du problème ait été réalisée avec rigueur.
  • Les organismes de formation ont un rôle clé à jouer pour outiller les organisations dans cette transition, à condition de renouveler eux-mêmes leur ingénierie pédagogique.

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