Un discours programmatique devant l'instance régulatrice du système de formation
Le 25 août 2026, Sabrina Roubache, secrétaire d'État chargée de la formation professionnelle, s'est exprimée devant le Conseil d'administration de France Compétences. Cette prise de parole, publiée sur le site officiel du ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités, revêt une portée particulière : elle intervient dans un contexte de réforme continue du système de formation professionnelle et d'apprentissage, marqué par des tensions budgétaires persistantes et des enjeux de gouvernance accrus pour l'opérateur national de financement et de régulation.
France Compétences, créée par la loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, est au cœur du dispositif français de formation : elle finance l'apprentissage, le Compte Personnel de Formation (CPF), les actions de formation des demandeurs d'emploi et régule la qualité des organismes via le référentiel Qualiopi. Son conseil d'administration rassemble l'ensemble des parties prenantes — partenaires sociaux, représentants de l'État et des régions —, ce qui confère à chaque intervention ministérielle une dimension symbolique forte.
Les priorités affichées par la secrétaire d'État
Sans disposer du texte intégral du discours, les grandes orientations que Sabrina Roubache a vraisemblablement développées s'inscrivent dans la continuité des chantiers ouverts depuis plusieurs mois par le gouvernement. Plusieurs axes structurants peuvent être identifiés à la lumière des travaux récents du ministère et des rapports parlementaires :
- Le redressement financier de France Compétences : l'opérateur a accumulé un déficit structurel significatif, estimé à plusieurs milliards d'euros ces dernières années, en raison notamment de la montée en charge du CPF et des contrats d'apprentissage. Des mesures correctives, dont certaines ont déjà été engagées via le décret n° 2023-1198 du 15 décembre 2023 instaurant un reste à charge sur le CPF, sont régulièrement évoquées comme insuffisantes à elles seules.
- La régulation renforcée de l'offre de formation : la lutte contre les organismes de formation peu scrupuleux et les pratiques abusives autour du CPF demeure une priorité. Le renforcement des contrôles de Qualiopi et les évolutions envisagées du référentiel national qualité sont au cœur de cette problématique.
- L'adaptation aux mutations du marché du travail : face aux transitions numérique et écologique, l'enjeu est d'orienter les financements vers les formations les plus utiles à l'emploi, en lien avec les besoins des branches professionnelles.
- La gouvernance partagée : renforcer le dialogue social au sein de France Compétences et clarifier le rôle respectif de l'État, des régions et des partenaires sociaux dans le pilotage du système.
Des enjeux cruciaux pour les acteurs de la formation
Pour les organismes de formation, les CFA et les formateurs indépendants, les orientations portées par la tutelle de France Compétences ont des répercussions directes et concrètes. La politique de financement de l'opérateur conditionne en effet les niveaux de prise en charge des contrats d'apprentissage (NPEC), les droits CPF mobilisables et les enveloppes dédiées au Plan de développement des compétences.
Les responsables RH et les directions formation des entreprises sont également concernés : toute révision des règles de financement ou de plafonnement des coûts pédagogiques impacte directement les budgets formation et les arbitrages stratégiques en matière de développement des compétences.
Les artisans et travailleurs indépendants, qui recourent massivement au CPF pour financer leurs parcours de montée en compétences, suivent avec attention toute évolution des conditions d'accès au dispositif, après l'introduction du reste à charge de 100 euros instauré en mai 2024.
Ce que les professionnels de la formation doivent surveiller
Dans ce contexte, plusieurs signaux méritent l'attention des acteurs du secteur dans les semaines et mois à venir :
- Les décisions du CA de France Compétences sur les niveaux de prise en charge 2027 pour l'apprentissage, qui seront déterminants pour l'équilibre économique des CFA.
- L'évolution du référentiel Qualiopi et les éventuelles nouvelles exigences imposées aux organismes de formation certifiés ou en cours de certification.
- Les arbitrages budgétaires de l'État dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027, qui préciseront les dotations allouées à France Compétences.
- Les éventuels textes réglementaires (décrets, arrêtés) découlant des annonces politiques, à surveiller au Journal Officiel.
Points clés à retenir : Le discours de Sabrina Roubache au CA de France Compétences confirme que la régulation financière et qualitative du système de formation professionnelle reste une priorité gouvernementale. Les acteurs du secteur — OF, CFA, formateurs indépendants, RH — doivent anticiper de possibles évolutions réglementaires sur le CPF, Qualiopi et les niveaux de prise en charge de l'apprentissage. La veille sur les publications officielles (Journal Officiel, site de France Compétences) reste indispensable pour adapter sa stratégie en temps réel.
La prochaine publication du compte rendu officiel du Conseil d'administration permettra d'affiner l'analyse des décisions actées et des orientations retenues. ActuFormation.fr suivra de près ces développements pour vous tenir informés.