Le Céreq tire la sonnette d'alarme sur l'écologisation du travail dans le BTP
Le Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq) publie en juin 2026 un nouveau numéro de sa collection Céreq Essentiels intitulé « Travailler et se former pour répondre à la crise climatique ». Cet ouvrage collectif, réunissant neuf contributions de sociologues, économistes et statisticiens, dresse un état des lieux précis de l'écologisation en cours des métiers et des organisations en France. Ses conclusions interpellent directement les acteurs de la formation professionnelle.
Ce que montre concrètement l'enquête dans le BTP
L'étude menée par Olivia Foli, sociologue et chargée d'études au Céreq, s'appuie sur des enquêtes qualitatives conduites au sein d'une SCOP et d'une PME de travaux publics. Elle met en évidence un paradoxe central :
- La transition écologique est portée par le haut : elle émane des directions d'entreprise, s'appuie sur des stratégies de niche commerciale, des certifications RSE et un ancrage territorial fort.
- L'organisation du travail évolue à la marge : économie circulaire, tri des déchets, nouveaux protocoles environnementaux.
- Mais le contenu professionnel des tâches reste, lui, largement inchangé. Les compétences techniques des salariés ne sont pas véritablement redéfinies.
- La sensibilisation des équipes, confiée à des chargées de mission Qualité Sécurité Environnement (QSE), s'avère insuffisante et peut même générer des tensions internes.
« L'écologisation de l'entreprise ne se traduit pas encore par une véritable écologisation du travail, faute d'un dialogue collectif sur les conditions et l'organisation du travail. » — Céreq, juin 2026
Ce que cela change pour les organismes de formation et les CFA
Cette publication n'est pas anodine dans le contexte réglementaire actuel. Alors que la loi du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique (loi Climat et Résilience) a posé des jalons pour intégrer les enjeux environnementaux dans les politiques publiques, et que le Plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre engage progressivement les branches professionnelles, les conclusions du Céreq rappellent que l'offre de formation doit impérativement évoluer.
Pour les organismes de formation (OF) et CFA du BTP
- Revoir le contenu des formations existantes pour intégrer de véritables compétences opérationnelles liées à la transition écologique, au-delà de la simple sensibilisation.
- Positionner des modules certifiants sur les pratiques éco-responsables dans les métiers du bâtiment et des travaux publics.
- Anticiper les futures évolutions de référentiels de certification (RNCP, CP Pro) qui intégreront des compétences environnementales transverses.
Pour les responsables RH et formation en entreprise BTP
- Ne pas confondre politique RSE d'entreprise et montée en compétences des salariés : deux démarches distinctes qui nécessitent des investissements formation spécifiques.
- Intégrer la transition écologique dans les entretiens professionnels et les plans de développement des compétences.
- Mobiliser les financements disponibles via les OPCO (notamment CONSTRUCTYS pour le BTP) pour des actions de formation sur les métiers verts.
Points clés à retenir
- 📌 L'écologisation des PME BTP reste essentiellement stratégique et organisationnelle — le contenu réel du travail n'est pas encore transformé.
- 📌 La sensibilisation QSE ne suffit pas : des formations qualifiantes sont nécessaires.
- 📌 Les OF et CFA doivent anticiper dès maintenant l'évolution des référentiels métiers vers les compétences vertes.
- 📌 Le dialogue social en entreprise est identifié par le Céreq comme un levier indispensable à une transition juste et efficace.
- 📌 Source de référence : Céreq Essentiels — « Travailler et se former pour répondre à la crise climatique », juin 2026.