La France, championne des congés… mais pas de leur utilisation
Les salariés français bénéficient du capital de congés le plus généreux parmi les 23 pays analysés dans une étude publiée par la plateforme spécialisée Deel, qui a passé au crible plus de 159 000 demandes de congés validées concernant 17 500 salariés à travers le monde. Avec une médiane de 34 jours par an — congés légaux et RTT confondus —, la France devance largement l'Allemagne (26 jours), le Danemark (25 jours), la Suède (24 jours) et le Canada (11 jours seulement).
Pourtant, ce palmarès flatteur cache un paradoxe de taille. En moyenne, 6 jours de congés restent inutilisés chaque année par salarié français. Plus révélateur encore : à peine un salarié sur quatre consomme l'intégralité de ses droits acquis, ce qui place la France au dernier rang du panel étudié en termes de taux d'utilisation effectif.
À titre de comparaison, la Norvège, le Royaume-Uni ou encore la Pologne affichent des taux d'utilisation compris entre 40 % et 50 %, et ce malgré un volume de jours disponibles sensiblement inférieur. Ce décalage entre droits théoriques et pratique réelle mérite une attention particulière de la part des employeurs comme des responsables RH.
Un enjeu RH et juridique pour les entreprises
Au-delà du simple constat statistique, cette sous-utilisation des congés soulève des questions concrètes en matière de gestion des ressources humaines et de conformité réglementaire. En droit français, les congés payés sont encadrés par les articles L.3141-1 et suivants du Code du travail. Tout salarié acquiert 2,5 jours ouvrables par mois de travail effectif, soit 30 jours ouvrables par an (5 semaines légales).
La loi impose à l'employeur de permettre la prise effective des congés. Le report non encadré de jours non pris peut générer des risques contentieux, notamment en cas de rupture du contrat de travail. Les conventions collectives de branche peuvent par ailleurs prévoir des modalités spécifiques de report ou de monétisation partielle des jours restants.
Pour les responsables RH et formation, ces jours non pris représentent aussi un indicateur indirect de la charge de travail et de l'engagement des collaborateurs. Un salarié qui n'utilise pas ses congés peut signaler une surcharge structurelle ou une culture d'entreprise peu favorable à la déconnexion. C'est également un levier de réflexion sur l'articulation entre formation continue et temps de repos : certains dispositifs tels que le Compte Personnel de Formation (CPF) prévoient des modalités de formation sur le temps hors travail, rendant la gestion du temps libre d'autant plus stratégique.
Noël devant l'été : les habitudes françaises bouleversent les calendriers
L'étude Deel bouscule également quelques idées reçues sur la saisonnalité des absences. Contrairement à la représentation commune qui place l'été au cœur des périodes de congés massifs, c'est bien la période de fin d'année qui enregistre le plus fort taux d'absentéisme dans les entreprises françaises.
Le 26 décembre s'impose comme la journée la plus chômée, avec 56 % des salariés absents. Le pic estival, lui, est atteint le 14 août — veille de l'Assomption —, avec 40 % d'effectifs en congé. Cette différence s'explique par la concentration des congés de fin d'année sur un nombre restreint de jours communs à la plupart des salariés, alors que les vacances estivales sont étalées sur une fenêtre allant de juin à septembre, ce qui lisse mécaniquement les taux d'absence.
Ce phénomène est observé dans 22 des 23 pays de l'étude, seule l'Arménie faisant figure d'exception. Pour les entreprises multisites ou à dimension internationale, cette convergence calendaire constitue un paramètre de planification opérationnelle non négligeable.
Les « ponts » : un réflexe culturel aux impacts organisationnels mesurables
L'étude confirme également la persistance du phénomène des « ponts » comme spécificité culturelle française. Le 14 août concentre ainsi le plus grand nombre de demandes de congés estivales, illustrant l'effet d'entraînement des jours fériés sur la prise de repos. Plus largement, 11 % des salariés français sont absents un vendredi en été, contre 9 % en moyenne sur l'ensemble de l'année.
Pour les organismes de formation qui planifient leurs sessions inter-entreprises ou leurs formations intra, ces données constituent des repères précieux. Proposer des modules de formation en dehors des périodes de fort taux d'absence — notamment la semaine du 24 décembre ou le cœur de l'été — permet d'optimiser les taux de présence et d'engagement des apprenants.
Points clés à retenir
- 34 jours de congés en médiane par salarié français (RTT inclus), soit le plus haut niveau parmi les 23 pays étudiés
- 6 jours non pris en moyenne chaque année, avec seulement 1 salarié sur 4 consommant l'intégralité de ses droits
- La Norvège, le Royaume-Uni et la Pologne affichent des taux d'utilisation de 40 à 50 %, loin devant la France
- Le 26 décembre est la journée la plus chômée (56 % d'absents), devant le 14 août (40 %)
- Les « ponts » restent une pratique structurante : 11 % d'absences le vendredi en été contre 9 % en moyenne annuelle
- Les employeurs sont juridiquement tenus de permettre la prise effective des congés (Code du travail, art. L.3141-1 et suivants)
Pour les responsables RH et les organismes de formation, ces données invitent à repenser la planification des absences, des montées en compétences et des actions de formation dans une logique de calendrier réaliste et adapté aux comportements réels des salariés français.