Un phénomène en hausse qui pèse sur l'économie et la protection sociale
La multiplication des arrêts de travail constitue désormais un sujet de préoccupation majeur pour les pouvoirs publics. Selon les données du ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités, leur progression constante au cours des dernières années grève significativement les comptes de l'Assurance maladie et fragilise l'organisation des entreprises, toutes tailles confondues. Face à ce constat, le gouvernement a présenté en avril 2026 un plan d'action articulé autour de deux axes complémentaires : améliorer la prévention en amont et renforcer les mécanismes de contrôle pour lutter contre les comportements abusifs.
Pour les dirigeants d'entreprise, les responsables RH et les organismes de formation impliqués dans la prévention des risques professionnels, ces orientations appellent une attention particulière, tant sur le plan réglementaire qu'opérationnel.
Renforcer la prévention : une responsabilité partagée entre employeurs et salariés
Le volet préventif du plan gouvernemental s'appuie sur le constat que de nombreux arrêts de travail pourraient être évités ou raccourcis grâce à une meilleure anticipation des risques en milieu professionnel. Le ministère insiste sur la nécessité de développer une culture de prévention plus robuste au sein des entreprises, en lien avec les services de santé au travail.
Plusieurs leviers sont identifiés :
- Le renforcement du suivi médical préventif, notamment pour les salariés exposés à des risques physiques ou psychosociaux élevés ;
- L'accompagnement au retour à l'emploi après un arrêt prolongé, via des dispositifs de maintien dans l'emploi coordonnés par les médecins du travail ;
- La mobilisation des outils de formation professionnelle pour adapter les postes de travail et prévenir les rechutes, en lien avec les obligations issues du Code du travail (notamment les articles L. 4121-1 et suivants relatifs à l'évaluation des risques professionnels) ;
- L'implication des branches professionnelles dans la définition de bonnes pratiques sectorielles.
Ce volet préventif représente une opportunité pour les organismes de formation spécialisés dans la santé au travail, la gestion du stress ou la prévention des risques psychosociaux (RPS), dont l'expertise sera de plus en plus sollicitée.
Lutter contre les comportements abusifs : un contrôle médical plus rigoureux
Le second volet du plan concerne la lutte contre les abus. Le gouvernement entend moderniser et intensifier les procédures de contrôle des arrêts de travail, jugées insuffisamment dissuasives au regard de l'ampleur du phénomène.
Parmi les mesures envisagées :
- Le recours accru aux contre-visites médicales diligentées par l'employeur, un droit existant dans le Code de la Sécurité sociale mais encore sous-utilisé par les entreprises ;
- Le renforcement des contrôles par l'Assurance maladie, avec une meilleure coordination entre les services médicaux et administratifs ;
- L'encadrement plus strict de la prescription des arrêts par les médecins, notamment dans le cas d'arrêts répétés à courte durée chez un même assuré ;
- Des sanctions renforcées en cas de fraude avérée, à la charge du salarié ou du professionnel de santé prescripteur.
Ces dispositions s'inscrivent dans le prolongement des réflexions engagées lors des débats sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), qui ont régulièrement mis en exergue l'enjeu financier des indemnités journalières (IJ).
Ce que cela implique concrètement pour les employeurs et responsables RH
Au-delà des aspects réglementaires, ce plan invite les entreprises à revoir leur approche de la gestion des absences de façon globale. Les responsables RH et les directions générales ont tout intérêt à anticiper ces évolutions en structurant leur politique de prévention et de contrôle.
Quelques axes d'action prioritaires :
- Mettre à jour le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), obligatoire pour toutes les entreprises (décret n° 2001-1016 du 5 novembre 2001, modifié par la loi n° 2021-1018 du 2 août 2021) ;
- Former les managers de proximité à la détection des signaux faibles et à la gestion bienveillante des retours d'arrêt ;
- Faire appel à des organismes de formation certifiés Qualiopi pour déployer des programmes de prévention des RPS ou de gestion du bien-être au travail ;
- Activer, si nécessaire, le dispositif de contre-visite médicale patronale dans le respect des dispositions de l'article L. 1226-1 du Code du travail.
Points clés à retenir
- Le gouvernement a présenté en avril 2026 un plan de réduction des arrêts de travail fondé sur deux piliers : prévention et contrôle.
- Les employeurs sont invités à renforcer leur démarche préventive, notamment via la mise à jour du DUERP et la formation des encadrants.
- Le contrôle des arrêts sera durci, avec un meilleur encadrement des prescriptions médicales et des sanctions accrues en cas d'abus.
- Les organismes de formation en santé au travail et prévention des RPS disposent d'une fenêtre d'opportunité pour accompagner les entreprises dans cette transition.
- Les responsables RH doivent anticiper ces évolutions en structurant dès maintenant leur politique de gestion des absences.
Ce plan s'inscrit dans une dynamique plus large de réforme du système de protection sociale, dont les contours définitifs dépendront des textes réglementaires à paraître dans les prochains mois.