Un secteur sous tension, mais en avance sur les pratiques RH
Le classement Great Place to Work in Tech 2026, établi sur la base des résultats de l'enquête Trust Index réalisée en France en 2025, dresse un portrait nuancé mais globalement positif du secteur des technologies de l'information. Sur les 50 entreprises lauréates — réparties en deux catégories (moins de 250 salariés et plus de 250 salariés) —, les enseignements en matière de ressources humaines et de formation professionnelle sont particulièrement instructifs pour les responsables RH et les organismes de formation qui accompagnent ce secteur.
Premier signal fort : 56 % des salariés de la Tech estiment que leur employeur met en place de véritables actions pour améliorer la qualité de vie au travail, soit 12 points de plus que la moyenne nationale. Cette avance reflète une culture managériale plus mature sur les enjeux de bien-être au travail, même si des tensions persistent, notamment autour de la rémunération.
La montée en compétences IA : une urgence perçue par les salariés eux-mêmes
L'un des enseignements les plus structurants de cette enquête concerne la perception des mutations technologiques par les collaborateurs. Six salariés sur dix déclarent avoir vécu cette année une évolution technologique significative, notamment liée à l'intelligence artificielle. Plus révélateur encore : 68 % des salariés de la Tech estiment devoir développer leurs compétences IA dans les cinq prochaines années, contre 55 % en moyenne nationale — un écart de 13 points qui souligne l'intensité des transformations en cours dans ce secteur.
Ce chiffre constitue un signal direct pour les organismes de formation et les CFA spécialisés dans le numérique : la demande de formation aux outils d'intelligence artificielle n'est plus une tendance émergente, c'est une nécessité reconnue et exprimée par les professionnels eux-mêmes.
Les entreprises lauréates, championnes de l'accès à la formation
L'écart entre les entreprises distinguées et le reste du secteur est ici particulièrement parlant. 78 % des salariés des entreprises lauréates déclarent bénéficier de formations ou d'opportunités de développement des compétences, contre 69 % dans l'ensemble de la Tech et seulement 48 % parmi l'ensemble des salariés français. Cette donnée confirme que l'investissement en formation est un facteur différenciant de fidélisation, et non une simple obligation légale.
Pour rappel, les employeurs sont tenus, en vertu de l'article L. 6321-1 du Code du travail, d'assurer l'adaptation de leurs salariés à leur poste de travail et de veiller au maintien de leur capacité à occuper un emploi. Les entreprises les plus performantes en matière de rétention semblent avoir intégré cette obligation non comme une contrainte, mais comme un véritable investissement stratégique.
Rémunération, autonomie et sens : les trois piliers de la rétention
Si la formation est un levier puissant, elle ne saurait à elle seule garantir la fidélisation des talents. L'enquête identifie trois facteurs principaux susceptibles de provoquer des départs :
- La rémunération, citée par 40 % des répondants comme motif potentiel de départ
- La relation avec le manager de proximité, mentionnée par 29 % des salariés
- Le manque d'autonomie, évoqué par 28 % des collaborateurs
Sur ce dernier point, les entreprises lauréates se distinguent nettement : 91 % de leurs collaborateurs déclarent que leur management leur fait confiance sans contrôle permanent, contre 84 % dans l'ensemble du secteur et seulement 59 % au niveau national. L'autonomie n'est donc plus un avantage, c'est devenu un prérequis dans la Tech.
Flexibilité et engagement sociétal : des attentes qui reconfigurent les politiques RH
Au-delà de la formation et de la rémunération, les salariés de la Tech expriment des attentes fortes sur des dimensions moins traditionnelles :
- La flexibilité du lieu de travail est citée par 34 % des répondants parmi les évolutions les plus souhaitées
- L'intelligence artificielle comme outil de travail quotidien est mentionnée par 32 %
- La semaine de quatre jours est plébiscitée par 30 % des salariés
Par ailleurs, 70 % des salariés de la Tech se déclarent sensibles à la responsabilité sociétale de leur entreprise, contre 54 % en moyenne nationale. Ce chiffre interpelle directement les directions RH : l'engagement RSE n'est plus un argument de communication externe, il devient un critère de choix d'employeur à part entière.
Recommandations pratiques pour les acteurs de la formation
À la lumière de ces données, plusieurs orientations s'imposent aux organismes de formation, CFA et responsables formation qui interviennent dans le secteur Tech :
- Développer une offre de formation IA structurée et certifiante, en s'appuyant sur les blocs de compétences reconnus par France Compétences, pour répondre à la demande croissante de montée en compétences numériques.
- Positionner la formation comme levier de fidélisation dans les discours commerciaux adressés aux entreprises Tech : les données de Great Place to Work 2026 constituent un argument factuel solide.
- Proposer des formats flexibles (distanciel, micro-learning, blended learning) en cohérence avec les aspirations à l'autonomie et à la flexibilité des salariés du secteur.
- Intégrer des dimensions RSE et sens au travail dans les parcours de développement professionnel, en lien avec les attentes sociétales croissantes des collaborateurs Tech.
- Accompagner les managers de proximité : la relation managériale étant le deuxième facteur de départ, des formations au management bienveillant et à la posture de coach représentent un marché porteur.
Points clés à retenir
- 68 % des salariés Tech estiment devoir développer leurs compétences IA dans les 5 prochaines années (+13 pts vs moyenne nationale)
- 78 % des salariés des entreprises Great Place to Work in Tech bénéficient d'opportunités de formation, contre 48 % en moyenne nationale
- La rémunération reste le premier motif de départ potentiel (40 %), devant le management (29 %) et le manque d'autonomie (28 %)
- L'engagement RSE et la flexibilité deviennent des critères de rétention au même titre que la formation
- Les organismes de formation ont un rôle stratégique à jouer dans la fidélisation des talents Tech en 2026