Ce que révèle la nouvelle publication du Céreq
Le Centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq) vient de publier, en juin 2026, un nouveau numéro de sa collection « Céreq Essentiels » intitulé Travailler et se former pour répondre à la crise climatique. Cet ouvrage collectif, réunissant neuf contributions de sociologues, économistes et statisticiens, dresse un état des lieux de l'écologisation en cours des métiers et des organisations professionnelles en France.
Parmi les contributions les plus éclairantes figure celle d'Olivia Foli, sociologue et chargée d'études au Céreq, qui s'est penchée spécifiquement sur deux PME du secteur du BTP — une SCOP et une entreprise de travaux publics — à travers des enquêtes qualitatives approfondies.
Le constat central : une transition portée « par le haut », déconnectée du travail réel
Les résultats de l'étude sont sans ambiguïté : dans les deux entreprises observées, la transition écologique est impulsée par les dirigeants, s'appuyant sur des stratégies de niche, des certifications RSE et un ancrage territorial fort. Si ces démarches font évoluer certains aspects organisationnels — notamment via l'économie circulaire et le tri des déchets —, elles ne transforment pas encore en profondeur le contenu professionnel des tâches quotidiennes.
Autrement dit : l'écologisation de l'entreprise n'équivaut pas à une écologisation du travail. La sensibilisation des équipes, confiée à des chargées de mission « Qualité Sécurité Environnement » (QSE), se révèle souvent insuffisante et peut même générer des tensions au sein des collectifs de travail.
Ce qui doit alerter les acteurs de la formation professionnelle
Pour les organismes de formation, CFA, responsables RH et formateurs intervenant dans le secteur du BTP, cette publication pointe plusieurs signaux d'alerte concrets :
- Les dispositifs de sensibilisation ne suffisent pas : confier la transition à une seule fonction support (chargée de mission QSE) sans impliquer les équipes opérationnelles produit des résultats limités et des résistances.
- L'absence de dialogue collectif est un frein majeur : le Céreq souligne que faute de concertation sur les conditions et l'organisation du travail, la transition reste superficielle.
- Les référentiels de compétences peinent à évoluer : les métiers du BTP ne sont pas encore suffisamment transformés dans leur contenu pour que les formations existantes répondent aux enjeux climatiques réels.
- Les CFA et OF du BTP sont directement concernés : ils doivent anticiper une révision des contenus pédagogiques pour intégrer les compétences vertes de manière opérationnelle et non cosmétique.
Actions à mener sans délai
- Auditer vos contenus de formation existants dans les filières BTP pour identifier les modules traitant réellement des pratiques écologiques au niveau du poste de travail.
- Intégrer des compétences environnementales opérationnelles dans les blocs de compétences, au-delà des seules sensibilisations théoriques.
- Favoriser les approches participatives en formation : impliquer les équipes terrain dans la réflexion sur les pratiques écologiques plutôt que de déléguer cette mission à une seule fonction.
- Se saisir des travaux du Céreq pour nourrir vos démarches Qualiopi, notamment sur la veille réglementaire et l'adaptation des formations aux mutations sectorielles (critère 2 du référentiel national qualité).
Points clés à retenir
- Publication Céreq « Essentiels » — juin 2026 : Travailler et se former pour répondre à la crise climatique
- Secteur ciblé : BTP, mais les enseignements sont transposables à d'autres secteurs en transition
- Alerte principale : la stratégie RSE des entreprises ne se traduit pas encore en transformation réelle des métiers et des formations
- Enjeu pour les OF et CFA : réviser les référentiels pédagogiques pour aller au-delà de la sensibilisation