Un signal d'alarme pour les acteurs de la formation et des RH
En mai 2026, le think tank The Shift Project publie une étude intitulée « Emploi et formation : des leviers essentiels pour décarboner », qui dresse un constat préoccupant : la France manque cruellement de professionnels qualifiés pour mener à bien sa transition écologique. Ce rapport, relayé par les expertes Sophie Cohendet et Cécile de Calan, constitue une alerte directe à destination des directions RH, des organismes de formation et des CFA.
Les chiffres sont sans appel : moins d'une entreprise sur trois dispose d'une démarche de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) intégrant les besoins liés à la transition écologique, selon une enquête BVA réalisée en mars 2025 pour The Shift Project. Près de la moitié des entreprises estiment même que cette transition n'aura aucun impact sur leur volume d'emploi — une méconnaissance alarmante des bouleversements à venir.
Des besoins massifs en recrutement et en formation
The Shift Project évalue à plusieurs centaines de milliers les emplois supplémentaires nécessaires d'ici 2050 pour couvrir les chantiers-clés de la décarbonation : production d'énergie solaire et éolienne, rénovation énergétique des bâtiments, développement du transport ferroviaire. Ces besoins concernent majoritairement des postes d'ouvriers et de techniciens, des profils aujourd'hui en tension et peu attractifs.
Or, la temporalité de la formation professionnelle constitue un frein structurel majeur :
- Au moins deux ans pour faire évoluer une formation continue existante
- Jusqu'à dix ans pour réviser un diplôme, réorienter les parcours scolaires et déployer de nouveaux enseignements
Ce décalage entre l'urgence climatique et le temps long de la formation impose d'agir dès maintenant.
Des emplois menacés à anticiper via le dialogue social
La décarbonation ne crée pas seulement des emplois : elle en supprime également. Le secteur du transport aérien et du transport routier de marchandises pourrait voir ses effectifs réduits de plus de moitié d'ici 25 ans. Ces transformations exigent un dialogue social anticipatif, lucide et structuré, à l'échelle des entreprises, des branches et des filières.
Actions immédiates pour les responsables formation et RH
Face à cette urgence, plusieurs actions peuvent être engagées sans délai, quelles que soient les évolutions réglementaires ou budgétaires à venir :
- Intégrer la transition écologique dans la GPEC : identifier les métiers impactés, anticiper les reconversions nécessaires, cartographier les compétences critiques
- Développer la polyvalence des salariés : former des techniciens capables d'intervenir sur différentes technologies (thermique et électrique, neuf et rénovation)
- Améliorer l'attractivité des métiers de la transition : conditions de travail, valorisation de la finalité écologique des postes, parcours de progression
- Former aux compétences transverses : pensée systémique, gestion des risques climatiques, mesure d'impact, coopération avec les parties prenantes
- Ouvrir ces métiers aux publics éloignés de l'emploi : les reconversions vers les filières vertes représentent une opportunité d'insertion à saisir
Points clés à retenir
- Le rapport The Shift Project (mai 2026) chiffre les besoins en centaines de milliers d'emplois liés à la décarbonation
- Moins d'un tiers des entreprises intègre la transition écologique dans leur GPEC (enquête BVA, mars 2025)
- La formation professionnelle nécessite 2 à 10 ans d'adaptation : le délai pour agir est dépassé
- Les OF, CFA et OPCO doivent anticiper dès maintenant l'ingénierie de formations aux métiers verts
- Le dialogue social doit systématiquement intégrer les impacts de la transition sur l'emploi et les compétences