Une invisibilité choisie par crainte des représailles
Être mère et salariée aux États-Unis relève encore aujourd'hui d'un exercice d'équilibriste éprouvant. C'est le constat central d'une enquête menée par LiveCareer auprès de 899 salariées américaines ayant des enfants de moins de 18 ans. Les résultats, publiés en mai 2026, dressent un tableau préoccupant des discriminations liées à la maternité dans le monde du travail américain — un prisme qui, au-delà de l'Atlantique, invite à réfléchir aux politiques d'inclusion professionnelle et de formation en France.
Premier signal fort de l'étude : 87 % des répondantes déclarent avoir délibérément évité de mentionner leurs enfants au travail, craignant que cette réalité personnelle ne nuise à leur progression de carrière. Ce silence contraint révèle une culture managériale dans laquelle la maternité est encore perçue, implicitement ou explicitement, comme un frein à l'ambition professionnelle. Plus significatif encore, 94 % des participantes affirment qu'elles choisiraient aujourd'hui une carrière davantage compatible avec leur vie familiale si elles pouvaient recommencer leur parcours.
Le congé maternité : une période à hauts risques pour la carrière
L'enquête met en lumière des moments particulièrement critiques dans le parcours des mères salariées. Le congé maternité figure en tête des périodes identifiées comme néfastes pour l'évolution professionnelle : 86 % des répondantes estiment que cette absence a freiné leur progression, que ce soit en termes de promotion, de visibilité ou d'accès à des projets stratégiques.
Les comportements discriminatoires ne se limitent pas aux décisions hiérarchiques. Ils prennent aussi la forme de jugements quotidiens :
- 73 % des mères interrogées déclarent avoir été perçues comme moins investies ou moins ambitieuses en raison de leur statut maternel.
- 93 % affirment avoir essuyé des critiques — de la part de leur employeur ou de collègues — pour avoir quitté le bureau plus tôt ou pris du temps pour un événement familial.
- 96 % rapportent avoir reçu des commentaires négatifs pour le simple fait de partir à heure fixe afin de récupérer leurs enfants.
Face à cette pression sociale et managériale, neuf mères sur dix estiment devoir redoubler d'efforts pour prouver leur engagement professionnel, tandis que 95 % déclarent avoir été exclues d'opportunités de réseautage ou de déplacements professionnels en raison de leurs responsabilités parentales.
Une équation financière difficilement tenable
Au-delà des discriminations symboliques, l'enquête de LiveCareer met également en évidence un enjeu économique majeur : le coût de la garde d'enfants. Dans un pays où le modèle de protection sociale diffère radicalement du modèle français, ce poste de dépense pèse lourdement sur les arbitrages professionnels des mères américaines.
- Près d'une participante sur deux consacre plus de 20 % de son salaire aux frais de garde.
- Une sur dix y affecte plus de 30 % de ses revenus, rendant la situation financièrement insoutenable à terme.
- 55 % ont réduit leur temps de travail ou changé d'emploi pour faire face à cette réalité.
- 36 % ont quitté totalement la vie active, faute de solutions accessibles et abordables.
Ces chiffres illustrent un phénomène bien documenté dans la littérature économique : le motherhood penalty, ou « pénalité de la maternité », qui se traduit par une perte de revenus, de statut et d'opportunités dès lors qu'une femme devient mère.
Des attentes claires en matière de politiques RH et de culture managériale
L'étude ne se contente pas de dresser un constat alarmant : elle recueille également les aspirations des salariées interrogées pour améliorer leur situation. Trois axes se dégagent nettement :
- Plus de flexibilité dans les horaires et le recours au télétravail (74 % des répondantes).
- Un soutien financier à la garde d'enfants, qu'il soit public ou pris en charge par l'employeur (60 %).
- Une évolution des cultures managériales pour réduire les préjugés liés à la maternité, sans pourcentage précisé mais citée comme priorité transversale.
Ces attentes résonnent au-delà du seul contexte américain. En France, si le cadre légal offre des protections plus robustes — congé maternité indemnisé, places en crèche subventionnées, protection contre le licenciement pendant la grossesse —, les discriminations liées à la maternité demeurent une réalité documentée par le Défenseur des droits et diverses études nationales. Les responsables RH, formateurs en management et organismes de formation ont ici un rôle à jouer, notamment dans le déploiement de formations sensibilisant aux biais inconscients et aux pratiques inclusives.
Points clés à retenir
- 87 % des mères américaines interrogées évitent de parler de leurs enfants au travail par crainte de freiner leur carrière.
- 86 % estiment que le congé maternité a eu un impact négatif sur leur progression professionnelle.
- 96 % ont reçu des commentaires négatifs pour être parties à l'heure afin de récupérer leurs enfants.
- 36 % ont quitté la vie active faute de solutions de garde financièrement viables.
- Les mères souhaitent davantage de flexibilité, un soutien financier à la garde et une évolution des cultures managériales.
- Ces données invitent les acteurs RH et de la formation en France à renforcer les dispositifs de sensibilisation aux discriminations liées à la parentalité.
Source : Enquête LiveCareer, mai 2026, menée auprès de 899 salariées américaines ayant des enfants de moins de 18 ans.