Des managers submergés par la multiplicité des rôles
La fonction managériale en France traverse une période de tension inédite. C'est le principal enseignement de l'enquête réalisée conjointement par l'Anact et Malakoff Humanis, avec le concours de l'institut Toluna, entre le 30 avril et le 12 mai 2026 auprès de 1 101 managers français. Les résultats dessinent le portrait d'un encadrement intermédiaire confronté à une accumulation de responsabilités qui dépasse largement le périmètre traditionnel du management.
Pour plus de trois quarts des répondants, la fonction managériale ne remplace pas l'activité opérationnelle : elle vient s'y superposer. Plus de 85 % des managers déclarent assurer quotidiennement le pilotage de l'activité, l'animation de leurs équipes, l'accompagnement individuel des collaborateurs et la gestion des situations d'urgence. Entre 80 % et 85 % participent également à la réflexion stratégique de leur organisation, aux processus de recrutement ou à la prise en compte des difficultés personnelles des salariés. Enfin, 38 % des répondants indiquent exercer régulièrement l'intégralité de ces missions en parallèle.
Un agenda fragmenté au détriment de l'humain
Cette accumulation de casquettes se traduit concrètement par une organisation du temps de travail particulièrement éclatée. Aucune mission ne représente à elle seule plus de 13 % du temps de travail moyen déclaré, signe d'une fragmentation chronique des journées.
Les managers identifient clairement les déséquilibres dans la répartition de leur temps :
- 22 % de leur temps est absorbé par la gestion des urgences, jugée excessive par les intéressés eux-mêmes ;
- 21 % est consacré aux tâches administratives, perçues comme disproportionnées ;
- 34 % estiment ne pas pouvoir consacrer suffisamment de temps à la prise en compte des difficultés personnelles de leurs collaborateurs ;
- 33 % regrettent un manque de disponibilité pour l'accompagnement individuel ;
- 30 % soulignent un déficit de temps alloué à l'animation collective des équipes.
Ce paradoxe est saisissant : 95 % des managers sont convaincus de contribuer à la performance de leur organisation, mais ils se retrouvent structurellement empêchés d'exercer pleinement les dimensions relationnelles et humaines de leur rôle, pourtant au cœur de l'efficacité managériale.
Des risques psychosociaux qui touchent les encadrants eux-mêmes
L'enquête Anact/Malakoff Humanis met en lumière un phénomène trop souvent négligé : les managers ne sont pas seulement des acteurs de la prévention des risques psychosociaux (RPS) dans leurs équipes — ils en sont aussi des victimes potentielles.
Parmi les principales difficultés déclarées par les managers interrogés :
- 53 % font état d'une pression forte exercée par leur propre hiérarchie ;
- 53 % peinent à préserver leur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle ;
- 53 % sont confrontés à la gestion de l'absentéisme et des aléas organisationnels ;
- 52 % éprouvent des difficultés à détecter les signaux faibles de souffrance mentale chez leurs collaborateurs ;
- 50 % gèrent régulièrement des tensions interpersonnelles au sein de leurs équipes.
Le chiffre le plus préoccupant reste sans doute celui-ci : 53 % des managers se sont vu prescrire un arrêt de travail en 2025. Un indicateur qui traduit concrètement l'épuisement d'une population professionnelle prise en étau entre les injonctions de la direction et les besoins de leurs équipes.
Formation, accompagnement, reconnaissance : les attentes des managers
Face à ces constats, les managers expriment des besoins précis et convergents. Leurs attentes ne portent pas prioritairement sur des formations techniques, mais sur des ressources humaines, organisationnelles et relationnelles :
- 86 % souhaitent disposer de davantage de moyens pour reconnaître et valoriser le travail de leurs collaborateurs ;
- 84 % réclament plus d'écoute et de soutien de la part de leur hiérarchie directe ;
- 83 % attendent un appui renforcé des services supports (RH, juridique, communication) ;
- 83 % ont besoin de plus de temps et d'outils pour traiter les difficultés professionnelles dans leurs équipes ;
- 82 % souhaitent être davantage associés aux décisions stratégiques de leur organisation.
Dans ce contexte, deux tiers des managers interrogés expriment le souhait d'être mieux accompagnés, notamment pour prévenir les RPS dans leurs équipes, faire évoluer leurs pratiques managériales et mieux gérer leur propre stress. Un signal fort adressé aux directions des ressources humaines et aux organismes de formation, qui doivent repenser l'offre de développement des compétences managériales.
Points clés à retenir
- L'enquête Anact/Malakoff Humanis (mai 2026, n=1 101) confirme la surcharge structurelle des managers français.
- 38 % des managers cumulent régulièrement l'intégralité des missions managériales et opérationnelles.
- 53 % ont été en arrêt de travail en 2025, signe d'une crise silencieuse chez les encadrants.
- Les attentes prioritaires portent sur la reconnaissance, le soutien hiérarchique et la prévention des RPS.
- Pour les OF et CFA, ces résultats appellent à adapter les formations management vers plus d'accompagnement à la posture, à la gestion du stress et à la prévention des risques psychosociaux.
- Les responsables RH et formation doivent intégrer les managers comme une population bénéficiaire à part entière des politiques de prévention et de développement des compétences.